La cafétéria réouvre ses portes !

Agréable surprise pour Yasmina à son retour de vacances. La résidente de la Fondation St-George a eu la confirmation de sa responsable en fin de semaine dernière : la cafétéria allait à nouveau se transformer en un lieu d’échanges et d’interactions, où la tenue de la salle et le service incombent aux résidents. C’était déjà le cas par le passé. Avant la pandémie, collaborateurs et bénéficiaires se retrouvaient en effet dans le bâtiment situé à l’entrée du site pour partager un repas ou une boisson.  

Grâce à l’assouplissement des mesures sanitaires, ce lundi coïncidait donc avec la reprise des bonnes vieilles habitudes pour Yasmina. Réveil matinal, préparation de la salle à manger, nettoyage du mobilier et service des cafés : autant de réflexes qu’elle avait dû ranger dans le placard depuis un peu plus d’une année. C’était déjà elle, tantôt avec le soutien d’autres bénéficiaires, qui s’assurait du bon fonctionnement de cette cafétéria. Lundi, elle a enfin pu remettre son tablier.  

«J’étais toute euphorique en me levant ce matin, raconte Yasmina. Je n’ai pas été très active ces derniers mois, si ce n’est lors de différents ateliers. Mais l’activité, d’un point de vue physique, n’est pas la même. Là, ça me fait vraiment du bien. J’étais contente de travailler ce matin. A tel point que je me suis réveillé encore plus tôt que d’habitude, toute heureuse de me rendre à la cafétéria.» Pour l’instant, Yasmina reprend du service les lundis matins. Cinq autres résidents se relaient le restant de la semaine, afin de faire de ce lieu un espace chaleureux et convivial.

Dans un premier temps, elle exercera cette activité uniquement durant la matinée. «Les choses se remettent gentiment en route. On verra comment ça se passe par la suite. Je suis assez flexible et ça ne me déplairait pas de venir là encore un peu plus souvent.» Sa première matinée de travail, Yasmina l’a parfaitement vécue. Elle s’est montrée souriante et appliquée, pour le plus grand plaisir des personnes venues déguster un café. «J’ai l’impression que les gens étaient contents de retrouver ce lieu, oui. J’en ai même vu certains venir boire un peu plus de cafés que d’habitude !»

A plus long terme, l’idée est aussi de développer les services proposés à la cafétéria, en renouant par exemple avec la confection de jus de fruits, comme par le passé. Une excellente idée, à l’approche des beaux jours.

Rencontre avec Sandra : «Au green care, je veux de la couleur»

Sandra a accepté de nous accueillir sur un site qui lui est cher, celui des Bioles. Une salle d’accueil flambant neuve, un apéritif qu’elle avait tenu à partager avec son hôte du jour et une pluie constante qui s’abattait sur les hauts de Conise : les conditions étaient réunies pour passer un agréable moment dans un des tout nouveaux local du foyer Tourmaline. Il ne manquait plus que la principale concernée, Sandra elle-même. Plongée dans un livre, elle n’a dans un premier temps pas souhaité se rendre à son rendez-vous, avant de se rétracter.

C’est que la résidente d’Aventurine avait aussi besoin de repos après sa rencontre avec le médecin et les activités du matin. Au programme de sa première partie de journée, l’entretien et l’analyse du jardin. «Sandra a cette capacité d’observation assez unique. Elle sait quoi cueillir et quoi planter en fonction de la période et de l’évolution de la plante», raconte la responsable du Green Care. «Ce matin, par exemple, j’ai remarqué qu’il était bientôt temps de semer les fameux haricots. Mais pas des haricots verts, surtout pas. Ici, il y a déjà bien assez de vert, argumente Sandra. Je veux des légumes de couleurs : de la chicorée rouge, des carottes de différentes couleurs… Des tomates, aussi : vertes, jaunes et rouges. Mais pas de zébrées, par contre. J’ai horreur de ça.»

Depuis le début

Avec Sandra, tout est passé au peigne fin. Elle a une vision claire de ce à quoi doit ressembler le jardin. Il faut dire que la résidente des Bioles connaît parfaitement les lieux, et que la nature lui est étroitement familière. « Je me sens bien ici. J’ai une très bonne relation avec les animaux. Et puis, lors de mes débuts à Concise, c’était du sept jours sur sept. Les choses ont désormais bien changé, c’est un peu plus calme. On peut se reposer le week-end. »

Sandra se souvient d’ailleurs très bien de son arrivée. C’était en 2002, lors du prélude des Bioles. «Avec Walther, l’ancien propriétaire du site, on passait de bons moments ensemble à fabriquer du fromage. Dire que c’était mieux avant ou maintenant ? Difficile à dire, il s’agit de deux époques différentes. Aujourd’hui, avec ce virus, les éducateurs n’ont plus le droit de partager les repas avec les résidents. Ça, c’est quelque chose qui me manque. Mais bon, que voulez-vous. Ces faits-là ne dépendent pas de nous.»

Curieuse et plutôt solitaire

Certaines choses l’irritent. La distance qui s’est installée avec les éducateurs en fait partie. Les invités qui débarquent sans cadeau ont également tendance à la contrarier. Pour avoir été son interlocuteur, j’en ai fait l’expérience. En fait, si Sandra insiste particulièrement sur ce point, c’est qu’elle s’apprête à souffler ses cinquante bougies l’année prochaine. Et elle tient à marquer le coup. «La prochaine fois que vous venez me voir, vous m’apporterez un cadeau, n’est-ce pas ? Avez-vous déjà une idée ? Sachez que j’adore les porte-clefs !»

Sandra, elle le dit elle-même, est d’un naturel curieux. «Je suis intéressée à savoir plein de choses, c’est aussi pour ça que je vous pose des questions. Au foyer, je suis plutôt quelqu’un de solitaire, j’aime faire les choses dans mon coin. En plus de la lecture, j’adore regarder des documentaires. Ceux qui traitent des animaux ou encore ceux qui présentent des pays étrangers.» Et avec les autres résidents des Bioles ? «La relation n’est pas toujours facile, surtout quand ils s’énervent. Parfois ça arrive et je ne suis vraiment pas à l’aise. C’était le cas lorsqu’un résident a lancé des plantes en bas les escaliers.»

Sa deuxième partie de journée s’annonce plus calme. Sandra risque de la passer aux côtés des animaux du site, à savoir trois moutons et deux ânes. «Bientôt nous aurons d’autres animaux. Des cochons devraient rejoindre la ferme. Et des chevaux, peut-être.» Aux Bioles depuis près de vingt ans, elle connaît parfaitement la maison. Tout comme les projets à venir de l’institution.   

Vidéo : visite des Bioles !

Rencontre avec Josiane : Le temps d’un café

Nous nous sommes installés dans sa chambre. Celle que Josiane occupe depuis six ans au foyer du Parc, là où les multiples tableaux, photos de famille ou encore peluches garnissent la pièce. Contre un mur, des clichés de bébés chats. «Mes minons», comme les appellent Josiane. En levant la tête, on aperçoit ­– un peu plus étonnant – une photo de Stéphane Plaza, placardé derrière un meuble. «C’est un beau monsieur ! Mais il est certainement déjà marié, non ? Vous en pensez quoi ?» Le décor est planté. Josiane est pleine d’entrain, un peu blagueuse et surtout de très bonne humeur.

Il faut dire que la doyenne de la Fondation (79 ans) n’a pas perdu son sens de l’humour. «On fait un peu les folles ici. Mais bon, ça fait du bien de faire les folles. L’ambiance, il faut bien quelqu’un pour la mettre ! Mélissa, l’éducatrice, c’est un peu la spécialiste pour ça. Elle m’entraîne dans son sillage», raconte-t-elle sourire aux lèvres. Josiane a par exemple pris l’habitude de faire retentir la sonnette de son lit pour solliciter une éducatrice. Une fois arrivée, cette dernière remarque qu’elle n’a besoin de rien. Josiane a réussi son coup.

« Servez-vous » !

A son grain de folie singulier, ajoutons sa générosité. Si Josiane détourne parfois son regard pour le laisser voyager dans un univers qui lui est propre, elle n’en oublie pas pour autant de soigner l’accueil de ses convives. «Vous voulez un café ?», demande-t-elle à son interlocuteur en recevant le sien. Négatif, annonçais-je. Elle renchérit : «Prenez-donc un morceau de chocolat.» Difficile de refuser une seconde fois.

Josiane a bon appétit, comme nous le confirme Estelle, l’une des éducatrices de son foyer. La gastronomie, elle connait. La résidente du Parc participait activement aux activités cuisine lorsqu’elle vivait à la Fondation Eben-Hézer à Lausanne. Une pratique qu’elle a tenu à poursuivre en arrivant à St-George, en 1985. Ici, elle apprécie également tricoter des chaussons qu’elle distribue ensuite à des enfants. «C’est un bel accomplissement de pouvoir élaborer le vêtement du début à la fin.»

Le souvenir des pompiers

C’est que l’aînée de l’institution souhaite rester active au quotidien. Avant de nous rejoindre pour l’entretien, elle a tenu à participer à la danse. «On appelle ça de la danse, mais c’est plutôt tranquille. On manipule des objets en restant assis, détaille-t-elle. Une chose est sûre, on n’a pas vraiment le temps de se reposer ici à St-George. Enfin oui, durant les siestes !» Outre les animations institutionnelles, Josiane apprécie aussi regarder la télé. Elle dispose dans sa chambre de son propre écran depuis Noël dernier. De là à contempler les émissions de Stéphane Plaza ? «Oh pas toujours, mais pourquoi pas quand il est là. J’aime bien regarder les animaux. Par contre, depuis cette télévision, je peux uniquement regarder les DVD. Alors pour les émissions, je me rends plutôt au salon du foyer.»

Des souvenirs, Josiane en a de nombreux à la Fondation. Elle ne se souvient pas de tous, mais parvient à faire revenir celui de l’incendie, en 2010. «Quelqu’un avait mis le feu, vous vous rendez-compte. Ce n’était pas facile. Il y avait… comment ils s’appellent ceux-là. Les pompiers, voilà ! Ah ils sont jolis les pompiers. J’aime bien voir leurs costumes !» L’entrevue touche gentiment à sa fin. Josiane, emblème de l’institution, s’apprête à aller partager le repas de midi avec les autres résidents. Emportée dans son élan et dans notre échange, elle s’aperçoit soudain qu’elle n’a pas encore touché à son café reçu un quart d’heure plus tôt.

Vidéo : Les extérieurs de St-George !